Économie générale et Statistiques · 2ème année Bac — Sciences Économiques

Les dysfonctionnements du marché (Le chômage)

Introduction : Le marché du travail et ses dysfonctionnements

Le marché du travail est le lieu de rencontre entre l'offre de travail (émanant des ménages) et la demande de travail (émanant des entreprises). Lorsque ce marché fonctionne de manière optimale, chaque individu souhaitant travailler trouve un emploi à un salaire d'équilibre. Cependant, en réalité, des déséquilibres persistent : certaines personnes désirant travailler ne trouvent pas d'emploi. Ce phénomène s'appelle le chômage, et il constitue l'un des dysfonctionnements majeurs des économies contemporaines. La compréhension du chômage — ses définitions, ses formes, ses causes et ses conséquences — est fondamentale pour toute politique économique visant à améliorer le bien-être social.

I. La population active et ses composantes

Avant d'analyser le chômage, il convient de préciser les notions démographiques qui structurent l'analyse du marché du travail. Ces catégories sont définies par le Bureau International du Travail (BIT), organisme de référence dont les normes permettent des comparaisons internationales fiables.

1. La population totale et la population en âge de travailler

La population totale d'un pays comprend l'ensemble des individus résidant sur le territoire. La population en âge de travailler désigne, selon les conventions du BIT, les individus âgés de 15 ans et plus. Cette population se divise en deux grands sous-ensembles : la population active et la population inactive.

2. La population active

La population active regroupe toutes les personnes en âge de travailler qui participent (ou cherchent à participer) au marché du travail. Elle comprend deux catégories :
  • La population active occupée (ou « actifs occupés ») : personnes disposant d'un emploi rémunéré, qu'il soit salarié ou non salarié (artisans, commerçants, agriculteurs, professions libérales). Elle représente la main-d'œuvre effectivement utilisée dans la production.
  • Les chômeurs : personnes sans emploi mais qui en cherchent activement un. C'est cette catégorie qui fait l'objet de l'étude centrale de ce chapitre.
La population inactive comprend, quant à elle, les individus qui ne travaillent pas et ne cherchent pas d'emploi : étudiants, retraités, personnes au foyer, personnes en incapacité permanente.

II. Définition du chômage selon le BIT

Le BIT a établi une définition précise et internationalement reconnue du chômage. Selon ces critères, est considérée comme chômeur toute personne qui remplit simultanément les trois conditions suivantes :
  1. Être sans emploi : ne pas avoir exercé une activité rémunérée, même d'une heure, au cours de la semaine de référence.
  1. Être disponible pour travailler : être en mesure de commencer à travailler dans un délai court (généralement deux semaines).
  1. Être à la recherche active d'un emploi : avoir effectué des démarches précises pour trouver un emploi (inscription auprès d'organismes de placement, envoi de candidatures, consultation d'offres d'emploi, etc.) au cours des quatre semaines précédentes.
Cette définition est rigoureuse : une personne qui a abandonné ses recherches (chômeur découragé) ou qui occupe un emploi à temps partiel subi n'est pas comptabilisée comme chômeur au sens du BIT. Cela conduit parfois à une sous-estimation du chômage réel, d'où l'intérêt des indicateurs complémentaires (halo du chômage, sous-emploi).

III. Les indicateurs de mesure : formules générales

Deux indicateurs principaux permettent de quantifier et d'analyser le chômage dans une économie.

1. Le taux de chômage

Le taux de chômage mesure la part des chômeurs au sein de la population active. Sa formule générale est :
Taux de chômage = (Nombre de chômeurs divisé par la Population active totale) multiplié par 100
Exemple générique : si une économie compte 10 millions d'actifs dont 1,2 million de chômeurs, le taux de chômage s'établit à 12 %. Plus ce taux est élevé, plus le dysfonctionnement du marché du travail est important.

2. Le taux d'activité

Le taux d'activité mesure la proportion de la population en âge de travailler qui participe au marché du travail (actifs occupés + chômeurs). Sa formule générale est :
Taux d'activité = (Population active totale divisée par la Population en âge de travailler) multiplié par 100
Cet indicateur renseigne sur le degré de mobilisation du potentiel de main-d'œuvre d'une économie. Un taux d'activité faible peut indiquer une forte proportion d'étudiants, de retraités précoces ou de personnes découragées ayant quitté le marché du travail.

IV. Les formes de chômage

Le chômage n'est pas un phénomène homogène. Selon ses origines et ses mécanismes, on distingue plusieurs formes, chacune appelant des réponses de politique économique différentes.

1. Le chômage conjoncturel (ou keynésien)

Le chômage conjoncturel résulte d'une insuffisance de la demande globale dans l'économie. Lorsque les ménages consomment peu et que les entreprises investissent peu, la production ralentit et les entreprises licencient une partie de leurs salariés. Cette forme de chômage est directement liée au cycle économique : il croît en période de récession et diminue en période d'expansion.
L'économiste John Maynard Keynes a mis en évidence ce mécanisme : contrairement à l'analyse classique, le marché du travail ne s'équilibre pas automatiquement. Une demande effective insuffisante maintient l'économie dans une situation de sous-emploi persistant, justifiant l'intervention de l'État pour stimuler l'activité (politique de relance budgétaire ou monétaire).

2. Le chômage structurel

Le chômage structurel trouve son origine dans des transformations profondes et durables de l'économie : mutations technologiques, délocalisations industrielles, évolution des structures productives. Il se manifeste lorsque les compétences des travailleurs disponibles ne correspondent plus aux besoins des entreprises. Ce chômage persiste même en période de croissance économique, car il reflète un inadéquation profonde entre l'offre et la demande de travail sur le plan qualitatif.
Exemple générique : la disparition progressive d'un secteur industriel traditionnel (textile, sidérurgie artisanale) au profit de secteurs technologiques avancés peut laisser sans emploi des travailleurs dont les qualifications ne sont pas directement transférables. Le chômage structurel exige des politiques de formation et de reconversion à long terme.

3. Le chômage frictionnel

Le chômage frictionnel est un chômage de courte durée, lié au temps nécessaire pour qu'un travailleur quittant un emploi retrouve un nouveau poste, ou qu'un diplômé entrant sur le marché du travail décroche son premier emploi. Il est inévitable dans toute économie dynamique où les mobilités professionnelles et géographiques existent.
Ce type de chômage reflète les imperfections de l'information sur le marché du travail : il faut du temps pour que les offres et les demandes d'emploi se rencontrent. Il diminue lorsque les dispositifs d'intermédiation (agences pour l'emploi, plateformes numériques de mise en relation) fonctionnent efficacement.

4. Le chômage technique

Le chômage technique (ou chômage partiel) survient lorsqu'une entreprise est temporairement contrainte de réduire ou d'interrompre son activité pour des raisons indépendantes de sa volonté : panne de machines, rupture d'approvisionnement en matières premières, sinistre, etc. Les travailleurs concernés se retrouvent sans emploi pour une période limitée, mais conservent généralement leur contrat de travail. Il s'agit d'un chômage temporaire et non d'un licenciement permanent.

5. Le chômage saisonnier

Le chômage saisonnier est propre aux activités dont le volume d'emploi varie de manière régulière et prévisible selon les saisons. Certains secteurs — agriculture, tourisme, bâtiment dans certaines régions — recrutent massivement à certaines périodes de l'année et réduisent leurs effectifs en dehors de ces périodes. Les travailleurs qui dépendent exclusivement de ces secteurs connaissent ainsi des périodes récurrentes de chômage. Ce phénomène, bien que prévisible, peut fragiliser durablement les conditions de vie des personnes concernées.

V. Les causes du chômage

Les économistes s'accordent sur la pluralité des causes du chômage. Il est utile de les organiser en causes liées à la demande de travail (côté entreprises) et en causes liées à l'offre de travail (côté travailleurs), ainsi qu'en facteurs institutionnels.

1. Causes liées à la demande de travail (entreprises)

  • Ralentissement de la croissance économique : une faible croissance du PIB se traduit par une moindre demande de biens et services, conduisant les entreprises à réduire leurs effectifs ou à ne pas embaucher.
  • Progrès technique et automatisation : l'introduction de machines, de robots ou de logiciels peut substituer le capital au travail humain, supprimant certains emplois (effet de substitution). Toutefois, le progrès technique crée également de nouveaux emplois à plus long terme (effet de compensation), mais ce mécanisme n'est ni automatique ni immédiat.
  • Coût du travail élevé : lorsque le coût salarial (salaire brut + charges sociales patronales) est jugé trop élevé par rapport à la productivité du travail, les entreprises hésitent à embaucher, préférant intensifier le capital ou externaliser.
  • Délocalisation des activités : le déplacement de la production vers des pays à main-d'œuvre moins coûteuse peut réduire les emplois disponibles dans le pays d'origine.

2. Causes liées à l'offre de travail et aux inadéquations

  • Inadéquation des qualifications : lorsque le système éducatif et les formations professionnelles ne s'adaptent pas aux besoins réels des entreprises, un décalage structurel apparaît entre les profils recherchés et les profils disponibles.
  • Rigidités à la mobilité géographique : des obstacles à la mobilité (coût du logement, attaches familiales, différences culturelles régionales) empêchent les travailleurs de se déplacer là où les emplois sont disponibles.

3. Causes institutionnelles et réglementaires

  • Réglementation du marché du travail : des procédures de licenciement trop complexes ou coûteuses peuvent paradoxalement freiner les embauches, car les entreprises craignent de ne pas pouvoir ajuster leurs effectifs en cas de retournement conjoncturel.
  • Insuffisance des services d'intermédiation : un marché du travail mal organisé, où l'information circule difficilement entre employeurs et demandeurs d'emploi, prolonge la durée de recherche et amplifie le chômage frictionnel.

VI. Les conséquences du chômage

Le chômage produit des effets négatifs à plusieurs niveaux : individuel, économique et social. Ces conséquences se renforcent souvent mutuellement, formant un cercle vicieux difficile à interrompre.

1. Conséquences pour les individus

  • Perte de revenu et précarisation : la perte d'emploi entraîne une baisse des ressources financières, fragilisant les conditions de vie et d'accès aux biens essentiels (logement, alimentation, santé).
  • Dévalorisation du capital humain : une période prolongée de chômage entraîne une perte progressive des compétences, rendant le retour à l'emploi plus difficile avec le temps (phénomène d'hystérésis).
  • Effets psychologiques et sociaux : le chômage est souvent associé à une perte d'identité sociale et professionnelle, pouvant engendrer des problèmes de santé mentale, d'isolement et de marginalisation.

2. Conséquences macroéconomiques

  • Réduction de la demande globale : les chômeurs disposant de revenus réduits consomment moins, ce qui déprime la demande des ménages et peut aggraver la récession économique (effet multiplicateur négatif).
  • Gaspillage de ressources productives : le chômage représente une sous-utilisation du facteur travail, réduisant le potentiel de production de l'économie et le niveau de richesse nationale.
  • Dégradation des finances publiques : l'État doit financer les allocations chômage et les dépenses d'insertion, tandis que les recettes fiscales et sociales diminuent (moins de cotisations, moins d'impôts sur les revenus du travail), creusant ainsi le déficit budgétaire.

3. Conséquences sociales et politiques

  • Aggravation des inégalités : le chômage touche plus durement certaines catégories de population (jeunes primo-demandeurs d'emploi, travailleurs peu qualifiés, habitants de zones géographiques désindustrialisées), accentuant les disparités sociales.
  • Tensions sociales et instabilité politique : un chômage de masse persistant peut engendrer des tensions sociales, une montée des extrémismes et une défiance croissante envers les institutions.

VII. Les grandes orientations des politiques de l'emploi

Face aux multiples formes et causes du chômage, les gouvernements disposent d'un arsenal de politiques visant à réduire le chômage et à favoriser l'emploi. Ces politiques peuvent être classées selon leur nature et leur horizon temporel.

1. Les politiques macroéconomiques de soutien à la demande (politiques keynésiennes)

Ces politiques visent à relancer la demande globale pour stimuler l'activité économique et donc l'emploi :
  • Politique budgétaire expansive : augmentation des dépenses publiques (investissements en infrastructures, commandes publiques) et/ou réduction des impôts pour stimuler la consommation et l'investissement privé.
  • Politique monétaire accommodante : baisse des taux d'intérêt pour faciliter l'accès au crédit des entreprises et des ménages, encourageant ainsi l'investissement et la consommation.

2. Les politiques d'offre (amélioration de la compétitivité et de la flexibilité)

Ces politiques agissent sur les conditions de l'offre de travail et la compétitivité des entreprises :
  • Allègement du coût du travail : réduction des charges sociales sur les bas salaires pour inciter les entreprises à embaucher davantage, notamment les travailleurs peu qualifiés.
  • Flexibilisation du marché du travail : assouplissement de la réglementation sur les contrats de travail (développement des contrats à durée déterminée, temps partiel, contrats saisonniers) pour faciliter les ajustements d'effectifs et encourager les embauches.

3. Les politiques structurelles de formation et d'insertion

Ces politiques s'attaquent aux causes profondes du chômage structurel :
  • Investissement dans la formation professionnelle : développement de programmes de reconversion et de mise à niveau des compétences pour permettre aux travailleurs de s'adapter aux mutations du marché du travail.
  • Amélioration de l'intermédiation sur le marché du travail : renforcement des agences pour l'emploi, développement des plateformes numériques d'offres d'emploi, accompagnement personnalisé des demandeurs d'emploi.
  • Politiques d'insertion ciblées : programmes spécifiques pour les jeunes (stages, contrats aidés, formation en alternance), les chômeurs de longue durée ou les habitants de zones économiquement défavorisées.

4. Les politiques de protection sociale et d'accompagnement

Parallèlement aux politiques actives de l'emploi, les États mettent en place des mesures de protection sociale :
  • Allocation chômage (indemnisation) : versement d'une allocation temporaire aux chômeurs éligibles, permettant de maintenir un revenu minimal et de soutenir la demande de consommation pendant la période de recherche d'emploi.
  • Aides sociales complémentaires : dispositifs d'aide au logement, à la santé et à la réinsertion sociale pour prévenir l'exclusion des chômeurs de longue durée.
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À retenir : Le chômage est défini par le BIT comme la situation d'une personne sans emploi, disponible et activement en recherche d'emploi. La population active se divise entre actifs occupés et chômeurs ; le taux de chômage se calcule en divisant le nombre de chômeurs par la population active totale, multiplié par 100. On distingue cinq formes principales : le chômage conjoncturel (lié à la faiblesse de la demande globale, analysé par Keynes), le chômage structurel (issu des mutations profondes de l'économie), le chômage frictionnel (inhérent aux délais de recherche d'emploi), le chômage technique (arrêt temporaire d'activité) et le chômage saisonnier (variations cycliques sectorielles). Ses causes sont multiples : ralentissement économique, progrès technique, inadéquation des qualifications, coût du travail. Ses conséquences touchent les individus (perte de revenu, déqualification), l'économie (réduction de la demande, gaspillage de ressources, déficit public) et la société (inégalités, tensions sociales). Les politiques de l'emploi combinent des approches macroéconomiques (relance keynésienne), des politiques d'offre (flexibilité, baisse du coût du travail), des politiques structurelles (formation, intermédiation) et des dispositifs de protection sociale (allocations, accompagnement). Une politique efficace de l'emploi doit articuler ces différentes dimensions pour s'attaquer simultanément aux causes conjoncturelles et structurelles du chômage.