I. Définition de la politique monétaire
La politique monétaire est l'ensemble des décisions et des actions prises par la banque centrale d'un pays afin de réguler la quantité de monnaie en circulation dans l'économie et d'influencer le niveau général des prix, le crédit bancaire ainsi que l'activité économique globale.
En d'autres termes, la politique monétaire désigne l'utilisation d'instruments spécifiques par l'autorité monétaire pour agir sur la masse monétaire, les taux d'intérêt et, in fine, sur les grands équilibres macroéconomiques tels que l'inflation, la croissance et l'emploi. Elle constitue l'un des deux grands leviers de la politique économique, aux côtés de la politique budgétaire.
II. Le rôle de la banque centrale : Bank Al-Maghrib
Au Maroc, c'est Bank Al-Maghrib qui assume la fonction de banque centrale et qui est chargée de conduire la politique monétaire du pays. En tant qu'institution publique indépendante dans l'exercice de ses missions, elle joue un rôle central et stratégique dans le système financier national.
A. Missions principales de Bank Al-Maghrib
- Émission de la monnaie fiduciaire : Bank Al-Maghrib détient le monopole de l'émission des billets de banque et des pièces de monnaie en circulation sur le territoire national.
- Gestion de la politique monétaire : elle fixe les orientations monétaires et utilise les instruments à sa disposition pour atteindre ses objectifs.
- Supervision du système bancaire : elle veille à la stabilité et à la solidité du secteur bancaire en agréant les établissements de crédit et en contrôlant leur activité.
- Gestion des réserves de change : elle administre les avoirs extérieurs du pays afin de garantir la couverture des importations nationales.
- Banquier de l'État : elle assure le compte courant du Trésor public et veille au bon fonctionnement des systèmes de paiement.
III. L'objectif principal : la stabilité des prix
L'objectif fondamental assigné à Bank Al-Maghrib, comme à la plupart des banques centrales modernes, est la stabilité des prix, c'est-à-dire la maîtrise de l'inflation. La stabilité des prix est considérée comme une condition essentielle à un environnement économique sain, propice à l'investissement, à l'épargne et à la croissance durable.
Une inflation trop élevée érode le pouvoir d'achat des ménages et crée de l'incertitude pour les entreprises. À l'inverse, une déflation (baisse généralisée des prix) peut paralyser la demande et précipiter une récession économique. C'est pourquoi la banque centrale vise un niveau d'inflation modéré et stable, généralement défini comme une cible explicite.
En plus de la stabilité des prix, la politique monétaire peut poursuivre des objectifs secondaires tels que le soutien à la croissance économique, le maintien de la stabilité financière, et la défense du taux de change dans le cadre du régime de change adopté par le pays.
IV. La masse monétaire et les agrégats monétaires
La masse monétaire représente l'ensemble des moyens de paiement détenus par les agents économiques non financiers résidents à un moment donné. C'est la variable clé que la banque centrale cherche à contrôler, car une masse monétaire excessive par rapport à la production réelle de biens et services peut engendrer de l'inflation.
A. Les agrégats monétaires (du plus liquide au moins liquide)
Les statisticiens et les banques centrales classent la monnaie en plusieurs agrégats, désignés M1, M2 et M3, chacun englobant le précédent :
- M1 (monnaie au sens strict) : comprend les billets et pièces en circulation ainsi que les dépôts à vue (comptes courants). Il s'agit de la forme de monnaie la plus liquide, utilisable immédiatement pour les transactions.
- M2 (monnaie au sens large) : M2 = M1 + les dépôts à terme et les comptes d'épargne à court terme. Ces dépôts sont moins immédiatement disponibles mais convertibles en liquidités dans un délai court.
- M3 (agrégat large) : M3 = M2 + les titres de créances négociables à court terme, les parts d'organismes de placement collectif monétaires et d'autres instruments financiers quasi-monétaires. C'est l'agrégat le plus représentatif de la masse monétaire totale.
B. La création monétaire
La monnaie est principalement créée par les banques commerciales lorsqu'elles accordent des crédits à leurs clients : « les crédits font les dépôts ». La banque centrale, quant à elle, crée la monnaie centrale (ou base monétaire) qui sert de fondement au système bancaire. La relation entre la base monétaire et la masse monétaire est exprimée par le multiplicateur de crédit :
Masse monétaire = Base monétaire × Multiplicateur de crédit
Le multiplicateur dépend notamment du taux de réserves obligatoires imposé par la banque centrale aux établissements de crédit.
V. Les instruments de la politique monétaire
Pour atteindre ses objectifs, Bank Al-Maghrib dispose de plusieurs instruments d'action directe et indirecte sur la liquidité bancaire et les taux d'intérêt du marché.
A. Le taux directeur (taux d'intérêt de politique monétaire)
Le taux directeur est le taux auquel la banque centrale prête de la monnaie centrale aux banques commerciales à court terme. C'est l'instrument le plus visible et le plus utilisé de la politique monétaire moderne.
Le mécanisme de transmission fonctionne comme suit : lorsque Bank Al-Maghrib modifie son taux directeur, les banques commerciales répercutent cette variation sur leurs propres taux de crédit appliqués aux ménages et aux entreprises. Ainsi :
- Baisse du taux directeur : le crédit devient moins cher → la demande de crédits augmente → la masse monétaire s'accroît → la consommation et l'investissement sont stimulés → la croissance économique est soutenue (politique expansive).
- Hausse du taux directeur : le crédit devient plus coûteux → la demande de crédits diminue → la masse monétaire se contracte → la dépense des ménages et des entreprises ralentit → l'inflation est freinée (politique restrictive).
B. Les réserves obligatoires
Les réserves obligatoires sont des dépôts qu'une banque commerciale est légalement tenue de conserver auprès de la banque centrale, calculés en proportion de ses dépôts collectés. Elles constituent un instrument de contrôle quantitatif de la création monétaire.
Formule générale des réserves obligatoires :
Réserves obligatoires = Dépôts collectés × Taux de réserves obligatoires
Ainsi, si le taux de réserves obligatoires est relevé, les banques doivent immobiliser davantage de fonds auprès de la banque centrale. Leur capacité à distribuer des crédits se réduit, ce qui contracte la masse monétaire. À l'inverse, un abaissement du taux libère des ressources supplémentaires pour le crédit, augmentant la liquidité dans l'économie.
C. Les opérations d'open market
Les opérations d'open market (ou opérations sur le marché libre) consistent en des achats ou des ventes de titres — généralement des bons du Trésor — par la banque centrale sur le marché monétaire interbancaire. C'est l'instrument de pilotage quotidien de la liquidité bancaire le plus souple.
- Achat de titres par la banque centrale : la banque centrale injecte de la monnaie centrale dans le système bancaire → les banques disposent de plus de liquidités → elles peuvent accorder davantage de crédits → effet expansif sur la masse monétaire.
- Vente de titres par la banque centrale : la banque centrale retire de la monnaie centrale du système bancaire → les banques disposent de moins de liquidités → leur capacité à distribuer des crédits se contracte → effet restrictif sur la masse monétaire.
VI. Les types de politique monétaire : expansive et restrictive
A. La politique monétaire expansive (accommodante)
Une politique monétaire expansive vise à augmenter la masse monétaire et à abaisser les taux d'intérêt pour stimuler l'activité économique. Elle est généralement adoptée en période de ralentissement économique, de récession ou de déflation.
Ses principaux mécanismes sont :
- Baisse du taux directeur pour rendre le crédit moins coûteux.
- Réduction du taux de réserves obligatoires pour libérer des liquidités bancaires.
- Achats massifs de titres sur le marché (opérations d'open market expansives).
Les effets attendus sont une hausse de la consommation, une relance de l'investissement productif et une réduction du chômage. Cependant, un recours excessif à la politique expansive comporte un risque d'inflation si la croissance de la masse monétaire dépasse celle de la production réelle.
B. La politique monétaire restrictive (de rigueur)
Une politique monétaire restrictive vise à réduire la masse monétaire et à relever les taux d'intérêt pour lutter contre l'inflation. Elle est mise en œuvre lorsque la hausse des prix devient préoccupante et menace le pouvoir d'achat des citoyens et la compétitivité des entreprises.
Ses principaux mécanismes sont :
- Hausse du taux directeur pour renchérir le coût du crédit.
- Augmentation du taux de réserves obligatoires pour réduire la capacité de création monétaire des banques.
- Ventes de titres sur le marché (opérations d'open market restrictives) pour ponctionner les liquidités excédentaires.
Les effets attendus sont un ralentissement de la demande globale et une stabilisation du niveau des prix. Toutefois, une politique trop restrictive peut freiner excessivement la croissance et provoquer une augmentation du chômage.
VII. Les canaux de transmission de la politique monétaire
La politique monétaire n'agit pas directement sur l'inflation ou la croissance : elle transite par plusieurs canaux de transmission avant de produire ses effets sur l'économie réelle.
- Canal des taux d'intérêt : une variation du taux directeur modifie les taux pratiqués par les banques sur les crédits à la consommation et à l'investissement, ce qui influence la dépense globale.
- Canal du crédit bancaire : les conditions d'octroi du crédit (disponibilité et coût) déterminent directement la capacité des ménages et des entreprises à emprunter et à dépenser ou investir.
- Canal du taux de change : une modification des taux d'intérêt intérieurs influe sur les flux de capitaux internationaux et donc sur la valeur externe de la monnaie nationale, ce qui affecte la compétitivité des exportations et le coût des importations.
- Canal des anticipations : la simple annonce d'une orientation monétaire par la banque centrale peut modifier les anticipations des agents économiques et ainsi influencer leurs décisions de consommation, d'épargne et d'investissement avant même que les mesures ne soient pleinement effectives.
VIII. Exemple illustratif hypothétique
Supposons qu'une économie connaisse une forte poussée inflationniste en raison d'une demande intérieure très dynamique. La banque centrale, constatant que l'inflation s'éloigne de son objectif de stabilité des prix, décide d'adopter une politique monétaire restrictive.
Elle relève son taux directeur. En réponse, les banques commerciales augmentent leurs taux de crédit. Une entreprise qui souhaitait emprunter pour financer un investissement décide de reporter son projet, car le coût du financement est désormais jugé trop élevé. De même, un ménage reporte l'achat d'un bien immobilier financé par crédit.
La demande globale ralentit, la pression sur les prix s'allège progressivement et l'inflation revient vers la cible fixée par la banque centrale. Cet exemple illustre le mécanisme de base d'une politique monétaire restrictive et sa transmission à l'économie réelle via le canal des taux d'intérêt et le canal du crédit.
IX. Les limites de la politique monétaire
Malgré son efficacité dans de nombreuses situations, la politique monétaire se heurte à plusieurs limites qu'il convient de connaître :
- Délais de transmission : les effets de la politique monétaire se font sentir avec retard (parfois plusieurs trimestres) dans l'économie réelle, ce qui complique le pilotage conjoncturel.
- Trappe à liquidité : lorsque les taux d'intérêt sont déjà proches de zéro, une baisse supplémentaire ne stimule plus l'investissement ni la consommation, rendant la politique expansive moins efficace.
- Inflation importée : si l'inflation est causée par des facteurs externes (hausse des prix des matières premières sur les marchés internationaux), la politique monétaire interne a peu de prise directe sur ses origines.
- Nécessaire coordination avec la politique budgétaire : la politique monétaire est plus efficace lorsqu'elle est cohérente avec l'orientation de la politique budgétaire de l'État. Des politiques contradictoires peuvent s'annuler mutuellement.
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À retenir : La politique monétaire est conduite au Maroc par Bank Al-Maghrib, dont l'objectif premier est la stabilité des prix. Elle agit sur la masse monétaire et le crédit bancaire grâce à trois grands instruments : le taux directeur (prix de la monnaie centrale), les réserves obligatoires (contrainte quantitative imposée aux banques) et les opérations d'open market (achats ou ventes de titres sur le marché monétaire). Lorsqu'elle est expansive, elle stimule la croissance en abaissant les taux et en augmentant la liquidité ; lorsqu'elle est restrictive, elle combat l'inflation en relevant les taux et en réduisant la masse monétaire. Les effets transitent par plusieurs canaux — taux d'intérêt, crédit, taux de change et anticipations — et se déploient avec des délais. Pour être pleinement efficace, la politique monétaire doit être coordonnée avec la politique budgétaire de l'État.