Français · 2ème année Bac — Lettres

Les Figures de style

Les Figures de Style

Une figure de style est un procédé d'expression qui s'écarte de l'usage ordinaire de la langue pour produire un effet particulier sur le lecteur. Elle ne dit pas exactement ce qu'elle veut dire au sens littéral, mais de manière figurée ou détournée, créant ainsi une image, une émotion ou une association dans l'esprit du lecteur.

I. À quoi servent les figures de style ?

  • Insister sur une idée ou un sentiment
  • Surprendre le lecteur pour le captiver
  • Créer des images poétiques et visuelles
  • Émouvoir, faire rire ou critiquer
  • Embellir l'expression et lui donner vie
  • Clarifier ou intensifier un propos

II. Classification générale

Les figures de style se regroupent en six grandes catégories selon leur fonction et leur effet :
  1. Figures d'analogie (rapprochement) : établissent une ressemblance entre deux éléments.
  1. Figures d'opposition (contraste) : rapprochent des éléments contraires.
  1. Figures d'amplification (emphase) : exagèrent ou insistent pour renforcer une idée.
  1. Figures d'atténuation (diminution) : minimisent ou adoucissent l'expression.
  1. Figures de construction (syntaxiques) : jouent sur l'ordre et la structure des phrases.
  1. Figures de sonorité : exploitent la répétition de sons pour créer des effets musicaux.

III. Les figures d'analogie

1. La comparaison

Définition : Rapprochement explicite entre deux éléments — le comparé et le comparant — à l'aide d'un outil comparatif (comme, tel, pareil à, semblable à, ainsi que…).
Exemples :
  • « Son regard est pareil au regard des statues » (Verlaine)
  • « Tu es léger comme une plume »
Caractéristique : La comparaison est explicite et facile à identifier. Elle crée une image poétique en reliant deux domaines différents.

2. La métaphore

Définition : Rapprochement entre deux éléments sans outil de comparaison explicite. Le comparé et le comparant sont présentés comme identiques ou fusionnés.
Exemples :
  • « L'aube se passe autour du cou / Un collier de fenêtres » (Eluard) — l'aube n'est pas comparée au collier, elle en EST un.
  • « La vie est une route »
  • « Les murs ont des oreilles »
Caractéristiques : Plus poétique et plus forte que la comparaison. Crée une fusion entre comparé et comparant. Peut former des chaînes métaphoriques sur tout un texte.

3. La personnification

Définition : Prête des qualités ou des comportements humains à des êtres inanimés (objets, animaux, phénomènes naturels, concepts abstraits).
Exemples :
  • « Le vent hurla »
  • « La nuit était complice »
  • « La mort dansa avec lui »

4. L'allégorie

Définition : Personnification d'une idée abstraite, représentée de manière concrète sous forme de personnage ou d'être vivant. C'est une extension de la personnification appliquée aux concepts abstraits.
Exemples :
  • L'Espoir, la Mort, la Liberté représentés comme des personnages.
  • « L'Espoir et l'Angoisse en dansaient » (Baudelaire).

5. La périphrase

Définition : Remplace un mot ou un nom par un groupe de mots qui le définit indirectement.
Exemples :
  • « L'astre du jour » pour désigner le soleil.
  • « Le roi de la jungle » pour désigner le lion.

6. La métonymie

Définition : Remplace un mot par un autre terme qui lui est associé sur la base d'une relation logique ou spatiale (contenant/contenu, auteur/œuvre, lieu/institution…).
Exemples :
  • « Boire un verre » — le verre pour le liquide qu'il contient.
  • « Lire du Molière » — le nom de l'auteur pour ses pièces.
  • « L'Élysée a annoncé… » — le lieu pour l'institution présidentielle.

7. La synecdoque

Définition : Cas particulier de métonymie fondé sur une relation partie-tout : une partie représente l'ensemble, ou l'ensemble représente une partie.
Exemples :
  • « Tous les bras se levèrent » — les bras pour les personnes.
  • « Il n'y a pas une âme ici » — l'âme pour la personne.

IV. Les figures d'opposition

1. L'antithèse

Définition : Rapproche deux mots, expressions ou pensées de sens opposés au sein d'une même phrase pour faire ressortir le contraste.
Exemples :
  • « Je vis, je meurs » (Louise Labé) — vie et mort sont opposées.
  • « C'est de la nuit que jaillit la lumière ».

2. L'oxymore

Définition : Associe directement deux termes contradictoires dans une même expression. Contrairement à l'antithèse qui oppose deux expressions séparées, l'oxymore unit les contraires en un seul groupe de mots.
Exemples :
  • « Un silence assourdissant »
  • « Une obscure clarté »
  • « Une douce violence »

3. Le paradoxe

Définition : Énoncé qui paraît contraire à la logique commune, mais peut révéler une vérité dans un contexte particulier. Il s'applique à des phrases entières, pas seulement à des mots.
Exemple : « Moins on possède, plus on est riche ».

V. Les figures d'amplification

1. L'hyperbole

Définition : Exagération intentionnelle pour amplifier une idée, un sentiment ou une description, au-delà de la réalité.
Exemples :
  • « Je te l'ai dit mille fois ! »
  • « Je meurs de faim »
  • « C'est un roc !… c'est un pic !… c'est une péninsule ! » (Cyrano de Bergerac) — ici aussi gradation.

2. La gradation

Définition : Énumération de termes d'intensité croissante (ascendante) ou décroissante (descendante), créant un effet de progression ou de climax.
Exemples :
  • « Je suis froissé, blessé, tué »
  • « La joie, l'exaltation, l'extase »

3. L'anaphore

Définition : Répétition du même mot, groupe de mots ou structure grammaticale en début de phrase ou de vers successifs.
Exemples :
  • « Je t'aime, je t'aime, je t'aime » (Paul Eluard)
  • « Liberté, liberté, liberté… »
À ne pas confondre avec l'épiphore, qui est la répétition en fin de phrase.

4. L'accumulation (ou énumération)

Définition : Alignement ou juxtaposition de plusieurs termes de même nature pour amplifier une idée et créer un effet de profusion.
Exemple : « Les cris, les pleurs, les gémissements résonnaient ».

5. La polyptote

Définition : Répétition d'un même mot sous des formes morphologiques différentes (variations de radical).
Exemple : « Qui vivra verra ».

VI. Les figures d'atténuation

1. La litote

Définition : Dire moins pour suggérer plus. On atténue l'expression afin de laisser comprendre une intention plus forte.
Exemples :
  • « Ce n'est pas mal » → signifie « C'est très bien ».
  • « Je ne te hais point » (Racine) → signifie « Je t'aime ».
  • « Cet homme n'est pas bête » → signifie « C'est un homme très intelligent ».

2. L'euphémisme

Définition : Remplace une expression crue, brutale ou désagréable par une formulation plus douce ou plus acceptable. Contrairement à la litote, l'euphémisme adoucit sans nécessairement renforcer l'idée.
Exemples :
  • « S'en aller » ou « dormir du sommeil éternel » au lieu de « mourir ».
  • « Les conséquences fâcheuses » au lieu de « la catastrophe ».
Utilisé fréquemment dans le langage politique et médiatique pour des sujets sensibles : mort, maladie, pauvreté.

VII. Les figures de construction syntaxique

1. Le chiasme

Définition : Dispose les termes en ordre croisé selon le schéma A-B / B-A, créant une symétrie inversée.
Exemples :
  • « Des cadavres dessous et dessus des fantômes » (Hugo)
  • « Travailler pour vivre, vivre pour travailler »

2. Le parallélisme

Définition : Répète une même structure grammaticale dans des phrases ou expressions successives, créant une harmonie et un rythme.
Exemple : « Il faut manger pour vivre. Il faut travailler pour progresser. »

3. L'asyndeton

Définition : Supprime les conjonctions entre les termes d'une énumération, créant un effet de rapidité ou d'accumulation.
Exemple : « Il vint, il vit, il vainquit » (sans « et »).

4. Le polysyndeton

Définition : Contraire de l'asyndeton : multiplie intentionnellement les conjonctions entre chaque terme, créant un rythme lent et solennel.
Exemple : « Il faut du courage ET de la patience ET de la persévérance ».

5. L'anacoluthe

Définition : Rupture dans la continuité grammaticale d'une phrase, changeant sa construction en cours de route. Peut être intentionnelle pour refléter l'oralité ou l'émotion.
Exemple : « Si tu viens demain — mais tu ne viendras pas — je serai heureux ».

6. L'hyperbate (inversement)

Définition : Change l'ordre habituel des mots dans la phrase en plaçant en tête un élément qui devrait venir après, créant une suspension ou un effet d'accent.
Exemple : « Beau, magnifique et splendide, ce palais l'était vraiment ».

VIII. Les figures de sonorité

1. L'allitération

Définition : Répétition du même son consonantique dans des mots proches ou successifs.
Exemple : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » (Racine) — répétition du son [s].

2. L'assonance

Définition : Répétition du même son vocalique dans des mots proches ou successifs, créant une musicalité douce et continue.
Exemple : « Songes et songeries » — répétition des voyelles [ɔ̃] et [ʒ].

3. L'onomatopée

Définition : Mot ou groupe de mots qui imite un bruit réel, reproduisant le son qu'il désigne.
Exemples : « Tic-tac », « Crac », « Boum », « Splash ».

4. La paronomase

Définition : Rapproche des mots de sonorités proches mais de sens différents, créant un jeu sur les ressemblances phonétiques.
Exemple : « Qui vivra verra ».

IX. Autres figures importantes

L'ironie et l'antiphrase

L'ironie : dire le contraire de ce qu'on veut faire entendre. Elle crée une complicité avec le lecteur qui comprend l'intention réelle. Exemple : « C'est vraiment très intelligent ! » pour critiquer quelque chose de stupide.
L'antiphrase : forme d'ironie où l'on affirme le contraire de ce que l'on pense, toujours intentionnellement. Exemple : « Quel génie ! » pour moquer quelqu'un.

L'apostrophe et la prosopopée

L'apostrophe : interpellation directe d'une personne, d'un groupe ou d'un concept abstrait. Exemple : « Ô mort, pourquoi viens-tu si tôt ? »
La prosopopée : cas amplifié de la personnification qui donne la parole à un être absent, mort ou inanimé. Exemple : « La rivière me dit : Tu es libre ».

L'ellipse et le zeugme

L'ellipse : suppression volontaire d'un ou plusieurs mots pour créer concision et dynamisme. Exemple : « Lui, généreux. Elle, avare. »
Le zeugme : utilise un même mot appliqué à deux contextes différents dans une même phrase. Exemple : « Il perdit son chapeau et son sang-froid ».

X. Méthode de repérage et d'analyse

Pour identifier et analyser une figure de style, suivre les 4 étapes obligatoires :
  1. Lire et observer : repérer ce qui sort de l'usage habituel (mots inattendus, répétitions, associations bizarres, contradictions). Se demander : « Pourquoi l'auteur a-t-il écrit cela de manière inhabituelle ? »
  1. Identifier les indicateurs formels : mots comparatifs (comme, tel, pareil), répétitions de sons ou de structures, ponctuation particulière, ordre inversé des mots, associations de contraires.
  1. Nommer précisément la figure : ne pas se contenter d'un terme vague. Dire « une anaphore » et non simplement « une répétition ».
  1. Décrire le fonctionnement et interpréter l'effet : quels mots sont impliqués ? Quelle structure ? Quel effet produit (insistance, surprise, émotion, critique, beauté poétique) ? Comment cela éclaire-t-il le propos de l'auteur ?

Schéma d'analyse au bac

① Citation : citer le passage pertinent.
② Nomination : nommer précisément la figure. Exemple : « Il s'agit d'une métaphore ».
③ Description du fonctionnement : expliquer comment la figure fonctionne. Exemple : « L'aube (comparé) est remplacée par un collier de fenêtres (comparant), sans outil de comparaison ».
④ Interprétation de l'effet : analyser l'effet produit et le relier au sens du texte.

Figures fréquemment confondues

  • Comparaison vs Métaphore : la comparaison utilise un outil explicite (comme, tel) ; la métaphore crée une fusion sans outil.
  • Antithèse vs Oxymore : l'antithèse oppose deux expressions séparées ; l'oxymore unit directement les contraires dans la même expression.
  • Litote vs Euphémisme : la litote renforce par atténuation ; l'euphémisme adoucit sans nécessairement renforcer.
  • Métonymie vs Synecdoque : la métonymie est une substitution par association logique large ; la synecdoque est strictement une relation partie-tout.
  • Anaphore vs Épiphore : l'anaphore répète en début de phrase ; l'épiphore répète en fin de phrase.
  • Allitération vs Assonance : l'allitération répète des consonnes ; l'assonance répète des voyelles.

XI. Stratégies de repérage selon le genre littéraire

En poésie : chercher d'abord les images, les sonorités et les répétitions (anaphores, allitérations, assonances). Analyser les associations de mots (métaphores, oxymores). Observer les effets lyriques et musicaux.
Au théâtre : repérer les tensions du dialogue, l'ironie, les sous-entendus, les antiphrases. Analyser les contrastes de ton et les apostrophes.
Dans le roman : chercher les descriptions et images, les énumérations, la valeur symbolique des comparaisons et métaphores, les répétitions de motifs.
💡
À retenir : Ne jamais se contenter de nommer une figure de style. Il faut toujours expliquer son fonctionnement et l'effet produit, puis le relier au sens du texte. Les figures essentielles à maîtriser au bac sont : la comparaison, la métaphore, la personnification, l'allégorie, la périphrase, la métonymie, la synecdoque (analogie) ; l'antithèse, l'oxymore, le paradoxe (opposition) ; l'hyperbole, la gradation, l'anaphore, l'épiphore, l'accumulation (amplification) ; la litote, l'euphémisme (atténuation) ; le chiasme, le parallélisme, l'asyndeton, le polysyndeton (construction) ; l'allitération, l'assonance, l'onomatopée, la paronomase (sonorité) ; et enfin l'ironie, l'antiphrase, l'apostrophe, la prosopopée, l'ellipse, le zeugme.